Quand la question de Laurence Ferrari devient une insulte...

Publié le par Finchleyroad


Autant le dire tout de suite, l'affaire concernant d'une part l'arrestation de Roman Polanski, notamment réalisateur du film Le pianiste récompensé d'une Palme d'or à Cannes en 2002, et d'autre part la vive émotion et réaction immédiate de Frédéric Mittérrand, ministre de la culture, sur cet évènement, me laissaient complètement de marbre.

Sans caricaturer les cas, le réalisateur ne peut être au dessus de la justice quel que soit le respect qu'il peut y avoir pour ses oeuvres et pour l'homme en lui-même. Et la réaction du politicien en le défendant, quelle que soit son éloquence, outrepassait le devoir de réserve attribué par ses fonctions (ce dernier ayant reconnu qu'il a été trop "émotif").

Enfin, suite à cela, la polémique également suscitée par Mme Le Pen concernant le livre du ministre La mauvaise vie (apparue en 2005 ! et dont je ne sais d'ailleurs s'il s'agit vraiment d'un roman ou d'une autobiographie) narrant les pratiques sexuelles du personnage principal ne m'a soulevé aucune émotion particulière.
Non, je n'avais jusqu'ici prêté aucun intérêt particulier pour ces diverses successions de faits.

En revanche, en tombant furtivement sur le zapping de canal+ hier, je vis et entendis ce qui allait être la dernière question de Mme Ferrari à M. Mittérrand lors de son interview télévisée de 12 minutes sur TF1 à 20h le 8 octobre. Et à ce moment précis, mes yeux ont fait roue libre !

La question de la journaliste fut la suivante : "le jour où l'assemblée examinera un texte portant sur le tourisme sexuel, est-ce que vous serez présent dans l'hémicycle M. Mittérrand ?"

Réponse de l'intéréssé : "Comment pouvez-vous me poser cette question Mme Ferrari ? En me posant cette question vous avez l'air de ne pas avoir écouté ce que je vous ai dit depuis cinq minutes..."

Evidemment ma première réaction fut de regarder cette interview en intégralité pour ne pas tomber dans les excès trop souvent commis de juger sur un extrait d'un écrit ou de propos tenus, et ensuite les sortir de leurs contextes pour, si ce n'est dénoncer du moins calomnier son auteur.
Et l'intégralité de cette interview me mit très mal à l'aise de par l'objet même de la discussion (la justification de sa vie privée devant des millions de gens) et la direction et le contenu des questions de la journaliste...

Je connais très peu M. Mittérrand. Je ne regarde quasiment jamais le 20h de Tf1. Je n'ai, si ma mémoire ne me fait pas défaut, jamais vu une fois en intégralité le 20h de la journaliste de la chaine.
En revanche, je m'interroge vivement sur le choix de la dernière question de Mme Ferrari. Quelle raison l'a poussée à lui demander cela ?
Cette question ne fut ni judicieuse, ni opportune.

Je ne souhaite pas ici soulever le débat sur le rôle du journaliste télévisé, ni d'ailleurs faire de jugements sur les connivences ou non entre cette profession et les gouvernements en place. Je reste indifférent au passé politique du ministre de gauche travaillant pour la droite. Enfin les pratiques sexuelles du ministre ne m'intéressent pas.

Mais ce que je peux difficilement laisser échapper, c'est le manque de tact de la journaliste, son manque flagrant d'adaptation à la situation, et son manque évident de discernement !

Après 12 minutes de questions-réponses, comment a t-elle pu penser que cette question fut pertinente ?
Lors de la préparation de son travail, s'est elle imaginée quelle réaction son interlocuteur allait avoir ?!
Voulait-elle susciter une réaction ? Voulait-elle susciter l'indignation ?

Car il ne faut pas se tromper ici. Ce n'est pas en réalité une question qu'elle pose. Comment pourrait-on d'ailleurs y répondre..!
 
- Pensait-elle que son interlocuteur allait dire : "Non je ne serai pas présent dans l'hémicycle en cas de débat à l'assemblée sur le tourisme sexuel"...avec les concéquences que l'on peut imaginer...
- Croyait-elle que son interlocuteur allait dire : "Oui je serai présent dans l'hémicycle en cas de débat à l'assemblée sur le tourisme sexuel." et allait la remercier de l'avoir invité sur le plateau pour ensuite la quitter en disant "à bientôt j'espère..."

Sans faire de procès d'intention, ce qui m'apparaît certain c'est que Mme Ferrari par cette intervention, a véritablement insulté M. Mittérrand car ce dernier avait à plusieurs reprises condamné le tourisme sexuel et la pédophilie.

Après les différentes explications de l'invité, la seule réponse était en effet de s'en indigner ! Et M. Mittérrand a eu la présence d'esprit de le faire.

Ce n'est pas par la provocation qu'un journaliste est compétent. Ce n'est pas par l'insulte qu'un journaliste se déclare indépendant des politiques. Et ce n'est certainement pas par des questions supposées "politiquement incorrectes" que la journaliste de Tf1 sera mieux reconnue dans la profession.

Mme Ferrari, vous avez donc perdu une occasion de vous taire !

Voici donc l'intégralité de l'intervention télévisée du ministre.


Publié dans Actualité

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agnesp 16/10/2009 17:11


Cette question de L.F. a provoqué chez moi la même réaction que la tienne.Autant lui dire:"bon vous avez fait votre speech mais je n'y ai pas cru alors maintenant venons-en au sérieux..."
Je n'ai aucune tolérance particulière pour F.M. mais cette question m'a semblée fort inapropriée...


Finchleyroad 16/10/2009 21:02


Bonsoir et merci pour ta visite !
Si la journaliste avait dit cette phrase, je l'aurai peut-être trouvée très culotée, voire même pertinente...qui sait...
A très bientôt.  ; )


sam 16/10/2009 11:33


Pertinente, j'ai peut-être été loin... Mais au moins je vous l'ai déjà dit, elle a mis ce monsieur en face de ses contradictions. Les questions d'un journaliste sont toujours orientées, c'est ce
qui fait la différence avec un sociologue. Rappelons le, TF1 appartient à Bouygues, et est le valet de chambre du pouvoir politique. N'avez jamais entendu parler de P Poivre d'Arvor (qu'on a
démissioné pour avoir dit des choses qui dérangeaient?), de JP Pernot qui fait des reportages sur le terroir du bon français et sur la police pour insufler le sentiment de peur qui fait gagner la
droite aux élections ? (je fais exprès des raccourcis ce coup là...) Bref la chaîne a toujours été de connivence avec les politiques, surtout en temps de sarkozysme, ce qui est dangereux pour le
fameux "débat public démocratique", surtout quand la majorité des gens en sont auditeurs.
L'interview de Laurence Ferrari est orientée, elle a juste fait son travail de journaliste pour une fois au lieu de courber la tête.


Finchleyroad 16/10/2009 21:20


Merci pour ces précisions. Je respecte tout à fait ton point de vue. Mais peut-être j'interprète mal, mais il me semble que vous établissait souvent un rapport de force quasi systématique entre les
différents intervenants, voire même une grande austérité dans les propos ou encore une radicalité ... pourquoi pas après tout...D'ailleurs ce style d'écriture reste l'un des meilleurs moyens pour
s'exaspérer..  ; )
A très bientôt


Sam 16/10/2009 01:50


Pauvre Mitterrand, c'est vrai que la politique c'est dur ... il aurait fallu le lui dire avant.
Finchleyroad, si Mme Ferrari tournait ses émissions sur France Télévisions, auriez vous eu la même opinion ? Le boulot d'un journaliste, il me semble que c'est bien d'un certain côté de montrer,
enquêter sur ou dire des choses qui dérangent, biensur tout en respectant l'interlocuteur, mais pour jouer le rôle de 4ième pouvoir qui devrait être existant dans une démocratie. Son boulot ne
consiste pas à carresser les politiques dans le sens du poil. Ou alors je comprends pourquoi Denis Robert s'est fait lessiver...
Je boycotte radicalement TF1..Et pourtant, pour une fois de ma vie...je trouve une question de la journaliste pertinente. C'est pas souvent que les intendants de l'empereur sont mis à l'épreuve par
leurs vassaux...en espérant que vous verrai de qui je parle respectivement :p
Bref, Mitterrand savait qu'il venait pour un procès médiatique, Ferrari savait quelle attitude avoir..et au final, les deux s'entendent bien sur la finalité du sujet...
Tout ceci, (Polanski, Mitterrand, tourisme sexuel, viols, castration chimique) je persiste dans mon idée même si Finchleyroad n'est pas d'accord avec moi, tout ceci n'est qu'une grande affaire de
communication, de manipulation politique (pour que le peuple avalise les projets de lois du gouvernement).

@: Gerard-panderies : La justice et la presse ne relèvent pas du suffrage universel ? Vous en avez de la chance de croire encore au vote électoral et à la démocratie (à condition que nous parlions
bien de la même...)


Finchleyroad 16/10/2009 02:02


Bonsoir,

Merci pour votre commentaire  ; )
Sinon, pour vous répondre, j'ai précisé que je ne connaissais pas vraiment la journaliste, donc n'importe quel membre de cette profession posant cette question m'aurait interpellé... quelle que
soit la chaine...C'est d'ailleurs le zapping de canal+ qui m'a évoqué cette interview... ; )
Et pour être honnête, je regarde depuis quelques mois très peu Tf1, et je pense même encore moins Fr2 ou Fr3 car il y a moins de foot... mais ça c'est une autre histoire...    ; )
En revanche, je ne comprends toujours pas pourquoi vous pensez que sa question était pertinente ?

A plus


Raynald Boulay 13/10/2009 22:03


Moi qui ne regarde jamais TF1, je ne savais même pas qui présentait le JT là bas. Et j'entends parler partout de cette histoire. Alors, elle a bien réussi son coup de pub. Quand à lui, il n'est pas
obligé d'utiliser ce média, et cette chaine pour s'expliquer. Il y a quand même moyen d'avoir affaire à des interlocuteurs moins catastrophiques. Au pire il y a les blogs...


gerard pendaries 13/10/2009 08:33


Bonjour,
Pleinement d'accord avec votre analyse.
La démocratie exige la liberté de la presse et de la justice. Ces deux institutions, qui ne sont pas l'émanation directe du suffrage universel, se doivent pour perdurer de tenir un comportement
impeccable. Toute entorse met leur propre vie en péril et par voie de conséquence le système démocratique. Pour cette raison il, est utile de prévenir Mme Ferrarri qu'elle ne doit pas franchir la
ligne blanche.